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Lectures

Psaume 104,1-7;10-12;20;22-24;27-33 ;35, 1Co 3,20-23 et Matthieu 9,36-38

Engageons-nous!

« La nature est à moi, je suis sa mère

Vous déchaînerez mes nerfs, je serai guerre

Qu’elles volent vos maisons au-delà des mers

Vous donnerez des noms à mes colères !

Vous êtes la raison de vos prières

Et vous aurez raison de vos cimetières

Qu’elles jaillissent les eaux sur votre espèce !

Vous n’aurez plus conscience de votre petitesse

Je ferai de vos villes ce bel enfer

Plus chaleureux encore que le paradis

Vous tremblerez de peur dans vos demeures

Car l’homme a fait de l’homme cette chose sans vie…

Elle pleure, elle pleure, elle pleure ma planète ! »

C’est en 2007 que Nadir Kouidri, chanteur français de 44 ans, plus connu sous son nom d’artiste Ridan, prend son micro pour pleurer la planète, avec « Objectif terre ».

Environ 3’400 ans après la rédaction du psaume 104, que nous venons d’entendre. Considéré par Patrick D. Miller jr., professeur d’ancien testament au Séminaire théologique de Princeton, comme « l’explication la plus complète de l’œuvre de création de Dieu en dehors de la Genèse », le Psaume qui nous occupe est l’un des plus anciens – si ce n’est le plus ancien.

Lors d’une conférence internationale qui s’est tenue en Corée, en octobre 2013, Gert Kwakkel, professeur d’Ancien Testament à la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence et à la Faculté de théologie des Églises réformées (libérées) de Kampen (au Pays-Bas) a souligné que le Psaume 104 ne fait pas « une nette distinction entre l’œuvre créatrice de Dieu au commencement et l’œuvre actuelle de sa providence. Autrement dit, le Psaume 104 parle autant de la création dans le sens de l’œuvre initiale de Dieu que de la création dans le sens des effets toujours existants de cette œuvre. »

Pendant toute la première partie, le psalmiste rappelle la qualité et la quantité des œuvres du Seigneur ! « Tu les as toutes faites avec sagesse ; la terre est remplie de tout ce que tu as produit. » Il rappelle que toutes les créatures de la terre « mettent leur espoir en Lui : « pour que tu leur donnes leur nourriture en son temps ». Et qu’ils sont bien contents de recevoir ce qui leur est donné : « Tu la leur donnes, et ils la recueillent ; tu ouvres ta main, et ils sont rassasiés de biens ».

Le tout est gratuit ! Il n’y a pas de conditions à remplir ! Mais une chose est claire : les créatures qui fourmillent sur la terre et celles qui la travaillent ne sont pas à l’abri de tout.

A deux occasions, l’auteur du texte évoque le fait que les choses puissent ne pas aller toujours comme dans le meilleur des mondes. Si le Seigneur rabroue les eaux, « elles fuient…, elles se précipitent au bruit de son tonnerre […] : le déluge, bien évidemment, mais plus proches de nous les tsunamis.

S’il regarde la terre, elle frissonne ; s’il touche les montagnes, elles fument. » : les éruptions, les tremblements de terre, mais aussi Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl… et des milliers d’autres bombes ou de centrales nucléaires qui explosent.

S’il se détourne : les créatures « sont saisi[e]s d’épouvante », leur souffle leur est retiré, elles périssent et retournent à leur poussière. » : pensez à la destruction du poumon de la terre, la forêt amazonienne, par exemple, ou aux gaz qui polluent et rendent l’air de plus en plus irrespirable.

Pourtant, il suffit que le souffle soit à nouveau envoyé, pour qu’un espoir se dessine à l’horizon, pour que la création ne devienne pas un tas de débris, ne soit pas une seule et unique montagne de déchets et pour que la terre soit encore, soit à nouveau un lieu de Vie.

« Le Psaume 104 ne présente pas un tableau idéaliste de la création et de la vie dans le monde. Il ne cache pas l’existence de puissances hostiles telles que la mort, les eaux et les tremblements de terre, qui menacent la vie des animaux et des hommes.

Le dernier verset du psaume – le verset 35 – révèle la raison pour laquelle ces éléments hostiles doivent être mentionnés dans ce psaume qui loue Dieu pour sa manière admirable de traiter sa création. Il s’agit de la présence des pécheurs et des méchants.

Dans l’Ancien Testament, les pécheurs et les méchants sont souvent le contraire des justes. Les justes sont fidèles à Dieu et à sa création, bien qu’ils ne soient ni parfaits ni irréprochables. Les pécheurs et les méchants sont ceux qui se révoltent volontairement contre Dieu et son désir de voir un monde régi par la paix, la joie, le respect de soi-même et des autres – soient-ils des animaux ou des végétaux –, sont ceux qui agissent d’une façon irresponsable vis-à-vis de la création, de notre planète.

Par le passé, les attitudes mortifères et irrespectueuses des humains avaient étés sanctionnées par des désastres. N’est-ce pas à cause de la conduite de ce genre de personnes que Dieu a permis aux eaux de l’abîme de couvrir la terre, aux jours de Noé et du déluge (cf. Gn 6.5-7, 13 ; 7.11 ; 8.2) ?

Aujourd’hui, la terre pleure et nous dit stop, un point c’est tout !

Les humains n’ont sur cette terre qu’un mandat de bonne gouvernance, de sentinelles ou de gérants : « car tout vous appartient, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout vous appartient ; mais vous, vous appartenez au Christ, et le Christ appartient à Dieu. », dit Paul dans l’épitre que nous avons entendue. Mais ce mandat, à cause de quelques individus qui gouvernent et agissent au nom de leur intérêt personnel et immédiat, en provoquant des effets collatéraux absolument désastreux, nous ne le remplissons pas/plus.

Alors, réveillons-nous ! Le temps n’est pas à la résignation, mais à la résilience. Tout ne sera plus comme avant (est-il souhaitable, par ailleurs ?), mais avec nos propres mains, nos propres actions, celles que nous pouvons imaginer, inventer, mettre en place, proposer, nous avons la possibilité de mettre un frein, de stopper cette descente aux enfers.

Un nombre important et croissant de personnes obéissant au Seigneur ne garantit pas que les tsunamis ou les désastres comme ceux causés par le réchauffement de la planète ne frapperont pas le monde. Néanmoins, la chanson de Ridan et bien d’autres interventions – dans quelque domaine que soit – qui depuis 50 ans alertent et proposent des alternatives, le Psaume 104 et d’autres textes bibliques nous enseignent qu’une conduite pécheresse nuit à la création.

« Le mal est grave, parce qu’il met en question la vie : il peut réduire à néant toute communauté, toute relation, toute personnalité et la terre habitable. Séparer l’humain de toute transcendance, le diviser d’avec lui-même, homme et femme, lui rendre la terre hostile, le couper de la vie animale et végétale.

La vraie faute, la vraie faillite, c’est celle de la vie, de l’humanité, de la communauté, de la communion. Le vrai échec, c’est à la fois celui de l’aventure humaine, et l’anéantissement de la création, dans le mépris de Dieu.

Rater la vie sur terre, la sienne propre et celle des autres créatures, c’est pécher fondamentalement. L’erreur décisive, c’est de compromettre la vie, le bonheur de l’humanité et de la création. »

« Lorsque les chrétiens prennent conscience de cela, ils cessent d’avoir eux-mêmes une telle attitude et exhortent les autres à suivre leur exemple. Si la création rend témoignage à la gloire du Créateur, il est évident qu’elle devrait pouvoir continuer à le faire. Car comment le Seigneur pourrait-il se réjouir de ses œuvres dans la création (Psaume 104.31) si ses enfants sont responsables de sa destruction ? »

« La moisson à faire est grande, mais il y a peu d’ouvriers pour cela. Priez donc le propriétaire de la moisson d’envoyer davantage d’ouvriers pour la faire… »

 

Paolo Mariani

 

Note: les citations se réfèrent à la conférence de Gert Kwakkel, citée dans le texte de la prédication, et au livre de Marie-Josèphe Glardon, Oser croire à un avenir. Plaidoyer pour une spiritualité mondialisée.